par Bernard Wittmann

 

On ne peut être que dégoûté par l’ignoble tagage antisémite de la Croix du Staufen à Thann. Comment peut-on s’attaquer ainsi à des morts mais aussi à toute une communauté de vivants que nous côtoyons quotidiennement. C’est un acte évidemment ignoble, répugnant et qui doit être réprimé avec la plus grande fermeté : « En attaquant ces morts, les néo-nazis ont certes attaqué des vivants, mais ils ont aussi voulu effacer la mémoire juive de l’Alsace. Or, l’histoire du judaïsme rhénan, surtout rural, est étroitement liée à celle de l’Alsace. C’est donc une part de chacun de nous, de notre histoire et de notre culture, qu’ils ont agressée. On ne peut pas occulter 2000 ans de présence et d’échanges économiques, culturels, linguistiques et théologiques entre les Juifs et les chrétiens de la vallée du Rhin. Il n’y a pas de langue plus proche de l’alsacien que le yiddish… », écrivait l’autonomiste Fränzi Waag dès 2004 dans Rot un Wiss[1] après les tagages au cimetière juif de Herrlisheim.

 

Mais comme ceux qui ont fait ce « coup » consternant ont pris grand soin de signer curieusement leur forfait avec le sigle EL, les regards se tournent à présent vers les autonomistes… alors qu’ils furent pourtant les premiers, dès le tagage connu, à condamner ce geste avec la plus extrême sévérité. En effet, les autonomistes, notamment le parti Unser Land, ont toujours affirmé haut et fort :

– qu’ils n’ont de problèmes avec aucune communauté de ce pays, chacune devant bénéficier d’un égal respect ;

– qu’ils veulent œuvrer à l’établissement de rapports respectueux et apaisés entre toutes les communautés, de rapports de fraternité. Ensemble, les diverses composantes du peuple alsacien, avec leurs différences, forment un tout : il n’y a pas de peuple alsacien « à la carte », chaque communauté, SANS EXCLUSIVE AUCUNE, y a sa place !

– et enfin, qu’ils condamnaient fermement toute forme de racisme.

 

Et c’est justement pourquoi cette affaire pue. Car on peut légitimement se poser la question de l’intérêt qu’auraient les autonomistes, après leurs bons scores aux départementales, à entreprendre ce type d’action contraire à leur idéal qui ne peut que susciter une réprobation unanime et jeter l’opprobre sur eux ? Et tout ceci alors que la campagne pour les régionales vient de démarrer et qu’Unser Land vient d’annoncer sa participation ! Cette affaire survient également curieusement au lendemain d’une réunion de campagne à Guebwiller de Philippe Richert, actuellement en grave difficulté, où il fut copieusement chahuté par des militants autonomistes.

 

D’ailleurs, depuis des mois déjà, à mesure que grossissait le mouvement autonomiste et que montait la colère, les campagnes d’intoxication et de dénigrements allaient crescendo. Certains médias ou politiques de partis nationaux opposés à l’idée d’autonomie, ont cru voir dans les cortèges des opposants à la fusion des « identitaires », des casseurs, des néo-nazis et autres nervis de l’extrême-droite etc. Le préfet de Colmar lui-même s’y est mis en disant craindre la venue de casseurs… alors que TOUTES les manifestations se sont toujours déroulées sans qu’aucun incident ne soit à déplorer. Il y a quelques jours encore, un universitaire, jacobin borné, a accusé Unser Land d’être une 5e colonne et resservi la vieille sauce rance de la prétendue collaboration des autonomistes durant l’Occupation.

 

Dès lors, on ne peut ressentir qu’un certain trouble ! Aussi, pour trouver des pistes menant aux auteurs de ce forfait, les enquêteurs seraient-ils bien avisés de se poser en premier lieu la question fondamentale : à qui profite le crime ? Bien sûr, on ne peut pas exclure non plus l’acte d’un crétin isolé, autonomiste ou non.

 

Bernard Wittmann – 23.6.2015