Roland Ries a eu l’intelligence de changer d’avis au sujet de la signalétique de la ville de Strasbourg (voir ci-dessous l’article des DNA du 13 octobre). En attendant la décision finale de la ville, je reproduis ici de larges extraits du courrier que lui avait adressé le Comité fédéral pour la langue et la culture régionales en Alsace et en Moselle germanophone. Sa présidente, Monique Matter, exprimait le point de vue du comité sur le sujet. Un point de vue que je ne peux que partager pour des raisons que j’exposerai dans mes vidéos à venir.

Je ne sais pas si ce sont les DNA qui se sont plantées dans la retranscription ou si c’est Jean-Philippe Maurer qui a fait l’erreur, mais je ne connais pas d’Eugène Weckmann écrivain régional. Il voulait à coup sûr parler d’André Weckmann qui lui, avait trois langues de travail. Je pense l’avoir suffisamment connu et lu pour pouvoir dire qu’il ne se serait certainement pas contenté de la seule signalétique dialectale. Relisez, ou lisez, monsieur Maurer, « Die Kultur des Zusammenlebens », « Ofschlagé, eine elsässische Allegorie », « Z wie Zwirbel » et les innombrables documents pédagogiques qu’a produit ce grand défenseur des multiples facettes de notre culture.

Ce débat révèle une fois de plus la grande habileté de la « diplomatie » française, qui, par son école, a su priver le peuple alsacien de son histoire et de ses références linguistiques.

Joseph Schmittbiel

Strassburg - plaquette 1979 1

Extraits du courrier du Comité fédéral :

Nous souhaitons aussi vous faire part d’un autre regard sur l’affichage bilingue des rues et des entrées d’agglomération à Strasbourg. Autant il est vital pour une langue régionale de s’afficher dans l’espace public autant nous sommes surpris par la discrimination notoire que subit la forme écrite et standard de notre langue régionale. Ainsi, l’allemand standard et littéraire est quasiment absent.

 

En imposant le dialecte, la commune coupe les habitants de notre histoire et de notre culture. L’Alsace, tout particulièrement Strasbourg, est l’un des principaux berceaux de la langue commune aux dialectes germaniques, l’allemand standard et littéraire, Hochdeutsch, car les imprimeurs strasbourgeois et les premiers auteurs rhénans y ont participé dès l’origine. C’est à Strassburg que la première bible en allemand a été imprimée.

 

Aussi le cas de Strasbourg est tout particulièrement navrant. Avec « Strossburi » la municipalité folklorise volontairement le nom de notre belle capitale européenne et régionale ! C’est un message très négatif, peut-être même anti-allemand, qui est ainsi envoyé à nos partenaires de la construction européenne et, quelque part, un coup de frein réel à l’amitié franco-allemande. Un comble pour la capitale européenne choisie dans l’après-guerre par les alliés victorieux en raison de ses origines franco-allemandes.

Une vraie signalétique bilingue consiste en premier lieu à retenir le nom que les habitants avaient choisi il y a près de quinze siècles. Dès 596 ce nom apparait dans un texte de Saint Grégoire comme Strateburgum, puis au IXe siècle comme Strassburg dans tous les registres et textes officiels de la ville , de la Décapole, et de l’Empire. Cette appellation se retrouve en 1605 dans le tout premier quotidien connu, créé dans cette ville et édité tout naturellement en Hochdeutsch.

En outre les chansons populaires traditionnelles mentionnent Strassburg/ Straßburg. (…)

Strossburi (…) ne figure dans aucun texte répertorié.

 Préface du maire P. Pflimlin

(…) la recherche d’une signalétique bilingue conduit à utiliser pour le français, langue nationale, et pour la langue régionale des caractères identiques et de mêmes dimensions. Rien n’empêche d’y ajouter en sous-titrage italique l’expression dialectale actuelle « Strossburi ».

 

Ce raisonnement peut être utilement appliqué aux plaques portant nos noms de rues, de lieux, de sites et de communes en reprenant les appellations qui figurent sous la forme standard au cadastre napoléonien et dans les registres et actes communaux. Vous en trouverez un bon exemple à l’Ecomusée d’Alsace.

 

Au demeurant la survie du dialecte comme langue de communication orale n’est pas garantie par son utilisation écrite dans la signalétique : en effet pour savoir lire le dialecte il faut savoir le parler. Un non-dialectophone, Alsacien ou autre, découvrant un nom de commune ou de rue libellé en dialecte, utilisera la prononciation française, ce qui ôtera tout sens au mot ; alors que la poésie, la chanson, le théâtre, oralisés par des dialectophones, font sens.

 Strassburg Gravure sur cuivre 1663 (Matthäus Merian)

L’usage du seul dialecte sera interprété, d’une part, comme une négation de l’histoire rhénane et impériale deux fois millénaire de l’Alsace et, de l’autre, comme un enfermement et un repli régional frileux dans le seul cadre français. Tandis que l’emploi du nom historique « Strassburg » marque la continuité de la République libre d’Empire / Die Freie Reichsstadt Strassburg.

Ce sera une ouverture sur l’espace bien plus large de tous les pays de culture germanique.

C’est en associant et valorisant les deux formes de la langue régionale que Strasbourg/Strassburg ou Straßburg affirmera son attachement à sa double culture et en tirera profit pour rayonner dans l’espace rhénan et européen.

 

(…) espérant que vous aurez la volonté de redonner à Strasbourg un nom historique et légitime qui valorise notre capitale européenne et régionale.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de notre grande considération.

 

Pour le Comité fédéral pour la langue et la culture régionales en Alsace et en Moselle germanophone

La présidente, Monique MATTER

 

DNA Strassburg-Strossburi CM du 13.10.15