Rappel des épisodes précédents :

Dans une absence totale de consultation, les parents d’élèves des sections internationales du collège de l’Esplanade se sont retrouvés en février dernier devant le fait accompli :

 

Les élèves de l’école européenne quittant le collège Vauban pour s’installer dans leurs locaux flambant neufs, les sections internationales allaient être dispatchées sur deux collèges, Esplanade et Vauban. Elèves, parents et profs étaient traités comme des valises qu’on déplace à volonté sans les consulter, des fratries se retrouvaient à ne pas savoir si la grande sœur irait à Vauban, pendant que le petit frère continuerait à l’Esplanade, mais surtout, l’administration n’avançait aucun chiffre sur les moyens qu’elle comptait mettre en œuvre pour effectuer l’opération sans affecter la qualité pédagogique des sections.

 

Vous retrouverez tous les détails dans mon article du 20 février (cliquer ici).

 

La mobilisation efficace des parents d’élèves organisés en association, ainsi qu’une pétition réunissant 900 signatures, ont fait reculer le rectorat. En outre, ce dernier promettait la mise en place d’un Conseil académique des sections internationales, qu’on pouvait espérer représentatif et démocratique, pour gérer toutes les questions à venir.

 

Dans un article daté du 17 mars, j’annonçais le calme après la tempête, tout rentrait dans l’ordre (cliquer ici).

 

La suite ne s’est guère fait attendre.

Le 24 mars, la principale du collège Vauban, le représentant des professeurs au conseil d’administration ainsi que des représentants de parents d’élèves de Vauban lancent à leur tour une pétition pour le maintien de l’ouverture de sections internationales au collège Vauban de Strasbourg (cliquer ici).

Je rappelle que la question soulevée par les parents de l’Esplanade est avant tout celle des moyens, car on ne crée pas une section internationale offrant six langues différentes avec plusieurs niveaux par classe d’un claquement de doigt, c’est un véritable investissement qui nécessite l’embauche de nombreux professeurs. Or cette nouvelle pétition ignore totalement cet aspect pour s’en prendre aux parents d’élèves de l’Esplanade.

 

Il est question d’un petit groupe de parents qui « ne veulent pas que leurs enfants partagent les mêmes classes que les élèves du secteur du collège Vauban ». Ces parents ont « un très grand mépris », pratiquent « une constante désinformation », (vous qui lisez cet article, soyez prudents, vous êtes en train de vous faire désinformer), et tiennent « des propos parfois injurieux dans des réunions publiques ».

 

Cette accumulation d’accusations n’a qu’un seul but : faire naître dans l’esprit du lecteur le terme que les pétitionnaires évitent soigneusement d’écrire, celui de racisme. Mais admettons que lors d’une réunion, l’un ou l’autre parent ait laissé échapper des propos racistes : en quoi une telle injure, condamnable, engage-t-elle l’ensemble des parents de l’Esplanade ?

Et surtout, quel est le rapport avec le cœur du problème posé par les associations de parents de l’Esplanade, à savoir celui des moyens ?

 

Je note que le texte de la pétition confirme bien :

1) que les parents de l’Esplanade n’ont pas été sollicités sur l’organisation de ce transfert des sections du collège de l’Esplanade vers le collège Vauban

2) que les personnels de Vauban travaillaient sur ce projet de transfert depuis deux ans AVEC l’élu de quartier, monsieur Bitz. Celui-ci était donc au courant, et durant tout ce temps, n’en a pas soufflé mot aux associations de parents de l’Esplanade.

 

Les pétitionnaires ajoutent sans rire : « Et nous sommes de leur côté (du côté des parents de l’Esplanade) pour que cet accueil se fasse dans les meilleures conditions matérielles et pédagogiques ». Dans les meilleures conditions, vraiment ? En invitant tous les élèves du collège à signer une pétition qui accuse sans la moindre distinction, et de façon sournoise, les parents de l’Esplanade de racisme ? C’est faire preuve d’un sens de l’hospitalité pour le moins singulier et je trouve consternant qu’une principale et certains professeurs puissent dans un mail inciter tous leurs élèves à signer un pareil écrit.

 

Je cite encore : « le collège de l’Esplanade subit quotidiennement les effets de son sureffectif », ah bon ? Voilà une bien subite sollicitude, durant toutes ces années où ils accueillaient l’école européenne dans leurs locaux, ces messieurs dames ne se préoccupaient guère du soi-disant sureffectif de l’Esplanade !

 

Pour toutes ces raisons, chers lecteurs, vous êtes appelés à signer cette pétition et à : « montrer votre soutien (…) à la mixité sociale et scolaire dans les établissement publics de Strasbourg ». Venant de la part de personnels et de représentants de parents d’un collège qui a accueilli pendant des années l’école la plus élitiste qu’on puisse imaginer puisque strictement réservée aux enfants des personnels des institutions européennes, voilà une sollicitation qui ne manque pas de sel !

 

 

Le jeudi 26 mars,

les DNA évoquent le sujet en page 38 de leur édition de Strasbourg (voir l’illustration du présent article). Le correspondant décline tous les arguments des créateurs de la pétition, sans laisser la parole aux parents attaqués : un grand moment de journalisme.

 

L’article ne cite que des parents d’élèves élus de Vauban qui lancent diverses affirmations sur le collège de l’Esplanade, exemple : « Le rectorat cède à une minorité ».

 

Une minorité, soit dit en passant, dont la pétition a obtenu 900 signatures, alors que la leur culmine péniblement à 220. Mais il s’agit bien entendu d’une minorité de méchants qui « présupposent que les élèves de notre secteur (Vauban) sont forcément indisciplinés et moins bons ». On cherchera en vain dans l’article une réaction des personnes ainsi incriminées, et aucun droit de réponse ne leur sera accordé.

 

 

La conclusion tombe dans les DNA du mercredi 1er avril 2015

Je vous en fourni le texte ci-dessous, chers lecteurs, et je vous laisse juges. S’agit-il d’un article écrit par un(e) journaliste ou du communiqué officiel de madame Rachelle Marx, principale du collège Vauban ? En effet, je vous ai mis en rouge tous les passages qui ne sont que des citations de cette dame, à vous de voir…

 

Bien entendu, les parents de l’Esplanade n’ont toujours pas droit à la parole et restent des gens qui ont « beaucoup d’idées reçues qui ne sont pas fondées ».

 

C’est donc un arrêté ministériel qui bloque la décision du rectorat. Au lieu de créer une section internationale de façon sérieuse, posée, et avec les moyens nécessaires, on peut désormais exploser celle qui existe et faire croire qu’on en a deux.

 

Après avoir diffusé une pétition incendiaire auprès de ses élèves, la principale a même l’aplomb d’avancer qu’ : « on ne peut pas laisser perdurer une guerre entre parents ». Ici, je ne peux m’empêcher de citer feu Maurice Biraud : « faut l’faire ! »

 

Et les DNA la laissent conclure : « Quant aux moyens dégagés pour les futures sections internationales (…) elle fait parfaitement confiance à l’Education nationale ».

C’est à se demander ce qu’on peut bien apprendre dans les écoles de journalisme… Est-ce à nous de rappeler à nos Pulitzer de la Nuée Bleue qu’une principale est avant tout une fonctionnaire ? Qu’elle est tenue par le devoir de réserve ? Et que sous peine de sanctions disciplinaires, elle n’a pas d’autre choix que de faire « parfaitement confiance » à son administration ?

 

Mais le plus étonnant dans cette affaire, est que les DNA laissent une principale de collège annoncer et commenter un arrêté ministériel, il me semble que ce rôle devrait plutôt revenir au recteur, non ? Dans un récent communiqué (cliquer ici), celui-ci a repris la main, espérons que le nouveau Conseil académique des sections internationales fonctionnera démocratiquement, condition sine qua non pour apaiser les esprits.

 

Il n’en reste pas moins que les parents d’élèves des sections internationales ont de bonnes raisons de s’alarmer. D’une part, le gouvernement est en train de démonter soigneusement l’enseignement des langues, et notamment de l’allemand, en France (voir ici) (et ici). D’autre part, dans leur gestion des affaires, les élus refusent de prendre en compte les aspirations des citoyens, et pour ce faire, n’hésitent pas à employer les méthodes les plus grossières :

 

1) Dans un premier temps, on fait sa cuisine sans consulter les principaux intéressés.

 

2) Quand ceux-ci ont la mauvaise idée de se mobiliser et d’obtenir un résultat qui gêne, on les discrédite par des accusations qui n’ont rien à voir avec le fond de l’affaire.

 

3) On fait jouer ses relations à Paris, au ministère, dans ce qu’on pourrait appeler le 49.3 du pauvre, pour contrer la décision gênante, et le tour est joué.

 

Lorsqu’on refuse de se donner les véritables moyens financiers d’une politique, il est commode de prendre à Pierre pour donner à Jacques, le problème, c’est qu’on monte ainsi les parents d’élèves d’un collège contre leurs voisins d’un autre collège, c’est l’exact inverse de ce que devrait être une bonne gestion de la chose publique.

 

Dans toute cette affaire, au lieu de répondre sérieusement aux questions des citoyens, on s’est contenté de faire passer des parents qui se mobilisent pour des idiots voire des racistes. C’est une évolution extrêmement préoccupante de notre société.

 

Merci de m’avoir lu jusqu’ici,

 

Joseph Schmittbiel

Traducteur et père de deux élèves en section internationale

 

 

 

 

DNA du mercredi 1er avril 2015 page 48 de l’édition de Strasbourg

 

Le collège Vauban conforté dans sa vocation internationale

Appelez-le désormais le collège « international » Vauban. Le rectorat avait reculé devant les parents de l’Esplanade refusant d’y dédoubler leurs sections. Le ministère a tranché hier : ouverture possible dès 2015.

 

Coup de théâtre dans la préparation de la rentrée 2015 pour les sections internationales de Strasbourg : un arrêté ministériel publié hier au Journal officiel avalise l’ouverture de trois sections internationales en septembre 2015 au collège Vauban (allemande, anglaise et polonaise).

Les parents d’élèves du collège de l’Esplanade s’étaient mobilisés ces dernières semaines pour empêcher qu’une partie de ces sections, jusqu’ici regroupées à l’Esplanade, ne migre à la rentrée prochaine vers les voisins de Vauban. Avec succès dans un premier temps, puisque le rectorat avait reporté le projet à 2016, pour mieux préparer le terrain (DNA des 11, 17 et 26/03).

Le collège Vauban sera donc le deuxième « collège international » de Strasbourg, se réjouit sa principale Rachelle Marx, qui temporise : « ça veut dire que l’ouverture en septembre est possible, ça ne veut pas dire qu’on le fera. » La décision appartient au rectorat.

« On ne peut pas laisser perdurer une guerre entre parents. On doit passer à une phase d’apaisement et de dialogue », milite-t-elle. « Le projet se fera, mais on ne sait pas encore quand. »

En attendant, elle va continuer à lutter contre les peurs des parents et « beaucoup d’idées reçues qui ne sont pas fondées. Si la cohabitation s’est faite pendant huit ans avec l’École européenne, je pense que les sections internationales peuvent largement vivre avec nous », sourit-elle.

La peur des parents

« Ici, c’est un établissement tranquille, avec une bonne camaraderie. On a une très bonne mixité sociale », affirme celle qui vient de passer cinq ans à Hautepierre. Du côté des enseignants, « personne ne veut partir : on a eu zéro demande de mutation cette année ! On a une équipe stable, un chaleureux petit collège. »

« Je peux comprendre la peur des parents, mais qu’ils nous laissent leur expliquer, leur ouvrir nos portes. Les autres parents aussi, quel que soit leur milieu, ont de l’ambition pour leurs enfants. »

Quant aux moyens dégagés pour les futures sections internationales de Vauban, et notamment les cours de français langue étrangère (FLE), elle fait « parfaitement confiance » à l’Education nationale pour leur répartition équitable. Un feuilleton à suivre…