La présente réponse a été publiée dans une version expurgée en page 7 des DNA du samedi 27 décembre 2014.

Les passages que la rédaction a préféré ne pas présenter à ses lecteurs sont ici soulignés.

Je note que le courrier de monsieur Gillig, qui avait provoqué ce droit de réponse, était publié sans aucune coupure…

Réponse au courrier de lecteur de monsieur Jean-Marie Gillig d’Ostwald

paru en page 9 des DNA du dimanche 21 décembre 2014

Monsieur,

une réponse détaillée à tous les raccourcis et approximations que vous nous livrez prendrait un espace qu’aucune rédaction n’est en mesure d’accorder à un droit de réponse.

C’est pour faire face à de telles accusations, déjà très anciennes et hélas trop fréquentes, que j’ai créé une série de vidéos intitulée « Autonomistes ou nazis ? », y répondant point par point et chronologiquement. Elles sont consultables gratuitement et le premier épisode se trouve ici :

https://hewwemi.net/autonomistes-ou-nazis/

Contrairement à vous, monsieur Gillig, je tiens à préciser de quel endroit je m’exprime : je ne suis militant ni d’Unser Land, ni d’aucun parti, et je m’accorde une totale liberté de parole sur le sujet. Ensuite, je suis un séparatiste alsacien, un terme qui vous glace d’effroi. Il semble bien que les opinions qui n’entrent pas dans votre champ politique vous gênent. Du coup, on peut légitimement se poser des questions sur votre posture de donneur de leçons de démocratie.

Je suis séparatiste parce que j’ai abandonné tout espoir que l’Alsace devienne un jour un espace démocratique, tant qu’elle restera dans ce périmètre de repli xénophobe et hypercentralisé qu’est la France.

Vous rabaissez le drapeau alsacien rouge et blanc, le Rot un Wiss, au rang de symbole fasciste. Comment expliquez-vous alors que ce drapeau ait été interdit par les autorités du Troisième Reich ? Et quel effet produit sur vous le drapeau bleu, blanc, rouge ? Je vous rappelle que ce sont les couleurs du régime de Vichy, des armées génocidaires de Vendée, des tortionnaires d’Algérie, de la Légion des Volontaires Français, pour ne citer que ceux-là.

Bien des choses vous effrayent, entre autres le slogan « Elsass frei! ». Pour ceux qui ne comprennent pas l’allemand je précise qu’il signifie : « Alsace libre ». Le slogan : « Vive le Québec libre ! » vous effraye-t-il également ?

(Dans la phrase suivante, le rédacteur des DNA se rend coupable de manipulation, sans en prévenir le lecteur, il change ma formulation et écrit : « Quant à la notion de peuple alsacien, elle existe bel et bien ! » Or, dans mon texte adressé aux DNA, ce n’est pas seulement la « notion » qui existe, mais bien le peuple alsacien lui-même ! Voici donc la phrase originale : )

La notion de peuple alsacien vous fait trembler elle aussi, mais le peuple alsacien existe bel et bien ! Ce n’est pas celui de 1918, ni celui de 1945, ni même de 1980, il évolue sans cesse. Aujourd’hui, il se compose de femmes et d’hommes de toutes origines, de toutes couleurs et de toutes religions, et il s’est mobilisé et s’est exprimé ces derniers mois !

Et que réclament ces hordes fascistes qui descendent dans la rue ? Un référendum ! Ils veulent qu’on demande son avis au peuple alsacien tout entier, drôles de fachos, vous trouvez pas ? Que la petite minorité socialiste actuellement au pouvoir accepte de consulter le peuple, et demain vous ne verrez plus un chat dans la rue, monsieur Gillig !

Alors qui sont les fascistes ? Ceux qui veulent laisser s’exprimer le peuple ou ceux qui imposent leur vision minoritaire des choses ?

Il y a un monde entre celui qui entre en résistance face à un régime qui l’opprime, et celui se range au côté du pouvoir en place pour cracher sur ceux qui réclament plus de liberté. Jouer aux antifas cinquante ou soixante-dix ans plus tard, c’est opter pour une position vraiment confortable, je le sais pour avoir moi-même péché de la sorte par le passé. C’est se flatter l’ego à bon compte, en se disant qu’on est vraiment dans le camp des bons. Mais la réalité humaine est infiniment plus complexe.

De plus en plus d’Alsaciens en ont par dessus la tête de se faire coller une croix gammée sur le front à chaque fois qu’ils réclament du respect pour leur culture, le droit de préserver leur langue ou celui de gérer eux-mêmes leurs affaires. Ce refrain-là, ça va faire soixante-dix ans qu’on nous le sert ! Mais le disque est rayé, les lendemains français qui chantent s’embourbent dans la misère, le chômage et la rhétorique UMPSFNZEMMOUR. (Ici, le rédacteur des DN juge utile d’ajouter un tiret entre PS et FN… Warum ?)

On peut le dire sans crainte d’exagérer : le Rot un Wiss est ressuscité. Une nouvelle jeunesse alsacienne n’hésite plus à descendre dans la rue avec à la bouche les deux derniers mots d’allemand que l’éducation nationale n’a pas réussi à lui arracher : « Elsass frei! », libre à vous de la mépriser, pour moi, elle est le signe d’une renaissance démocratique après un long hiver.

Et c’est ce qui nous différencie monsieur Gillig, moi, j’ai foi en l’être humain, je sais qu’une fois libéré de la dépendance, même après des décennies passées sous tutelle, il est parfaitement capable de déterminer lui-même ce qui est bon pour lui, en toute autonomie.

In elsässischer Verbundeheit!

Joseph Schmittbiel

https://hewwemi.net/

Ci-dessous, le texte de l’ « éclairage historique » de monsieur Gillig :

« Ces dernières semaines on a vu refleurir dans les manifestations publiques contre le projet de région du grand Est une bannière aux couleurs blanche et rouge de l’Alsace, le drapeau rot un wiss devenu l’emblème du minuscule parti autonomiste Unser Land. S’il est exact que ce drapeau s’inspire des anciens blasons héraldiques de l’Alsace de l’époque du Saint Empire romain germanique et de la dynastie des Habsbourg, et par la suite qu’il a symbolisé la protestation contre l’Annexion en 1871 de l’Alsace au second Reich ainsi que le mouvement autonomiste alsacien dirigé contre l’Allemagne après l’octroi de la constitution de 1911, les militants d’Unser Land cachent soigneusement à l’opinion publique qu’il fut également le drapeau du parti autonomiste de la Landespartei créé en 1927. Il fut rapidement démontré que ce parti, auquel adhérèrent des personnages troubles comme Karl Roos (fusillé en 1940 après sa condamnation à mort par une juridiction française), Schall, Hauss et consorts, était en réalité un repaire de partisans du séparatisme, et pire encore, du nazisme, ce qui fut confirmé par la condamnation après la guerre de quinze d’entre eux qui avaient signé dans une lettre à Hitler le rattachement de l’Alsace au Reich allemand. Je suis effrayé aujourd’hui de voir des banderoles marquées Elsass frei voisiner avec le drapeau rot un wiss dans les cortèges où se montrent des personnalités politiques alsaciennes que je croyais plus respectables. Je suis effrayé que les idées malsaines de l’autonomisme de l’Entre-deux-guerres renaissent au grand air et que certains parlementaires alsaciens se laissent aller à parler d’un « peuple alsacien » comme si aujourd’hui la société multiculturelle en Alsace était équivalente à celle de 1918 et même à celle de 1945. Si on continue ainsi, on devra s’attendre à ce que rejaillisse l’idée-force séparatiste de l’Entre-deux-guerres qui était celle du Volkstum alsacien largement inspiré du Deutschtum allemand. Ce concept intraduisible en français évoquait l’idéologie d’une minorité nationaliste censée prendre en compte « l’essence » du peuple alsacien. Le cours de l’histoire a largement démontré dans quelle aventure funeste et ignominieuse s’étaient engagés les autonomistes-séparatistes alsaciens de la Landespartei. Gardons-nous de faire ressurgir les vieux démons qui ont montré leur vrai visage de 1940 à 1945. »