Monsieur le Ministre,

Le Ministère de la Défense a accordé son soutien au documentaire « Das Reich  » diffusé le 2 mars 2015 sur FR3.

Nous, historiens, auteurs, chercheurs, témoins de ce temps de l’annexion de l’Alsace ainsi que de l’incorporation de force et leurs enfants, nous élevons vivement contre ce documentaire.

En effet, nous considérons qu’outre un nombre d’erreurs et d’approximations inacceptables, ce documentaire présente une vision erronée et offensante pour la mémoire de l’Alsace.

L’amalgame criant fait entre le soldat allemand et le soldat alsacien, l’affirmation répétée de la présence majoritaire des Alsaciens dans les divisions Waffen-SS, l’absence de précisions concernant les conditions de l’enrôlement des incorporés de force, aboutit à une vision de l’histoire qui met à mal plus de cinquante ans de recherches et de publications.

Il va sans dire qu’un tel propos ranime des douleurs anciennes et choque considérablement les mémoires.

Nous vous prions de bien vouloir exercer votre autorité afin que ce documentaire soit corrigé.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre respectueuse considération.

 

Les signataires :

  • Serge Amorich, délégué national de l’Association des anciens incorporés de force dans le RAD et KHD d’Alsace et de Moselle.

 

  • Jocelyn d’Andlau-Poux, docteur en Psychologie Clinique, fille de Roland d’Andlau-Hombourg, Malgré-Nous, évadé et médaillé en tant que résistant, nièce d’Hubert d’Andlau-Hombourg, historien, 1er prix d’histoire de l’Académie Française et auteur de « Seul dans la tempête », arrière-petite-fille d’Hubert d’Andlau-Hombourg, sénateur du Bas-Rhin de 1928 à 1940.

 

  • Nicole Aubert, SNIFAM (Solidarité Normande aux Incorporés de Force d’Alsace-Moselle).

 

  • Marie Laure de Barry, fille du général de Barry de 1980 à 1981 gouverneur militaire de Strasbourg et de la Première Armée.

 

  • Linda Bergmann-Pfister, Alsacienne et fille de Malgré-Nous.

 

  • Jean Bézard, SNIFAM (Solidarité Normande aux Incorporés de Force d’Alsace-Moselle).

 

  • Charles Bilger, président de l’Association des Alsaciens de Grande-Bretagne.

 

  • Charles Bohnert, fils d’un incorporé de force dans la Wehrmacht, historien et chercheur sur le drame des refugiés Alsaciens-Mosellans durant la période 1939-1945, participation à plusieurs ouvrages et conférences, secrétaire-adjoint de l’association nationale « Pour une Histoire Scientifique et Critique de l’Occupation (HSCO) ».

 

  • Marie-Laure de Cazotte, écrivain (« A l’ombre des vainqueurs », Albin Michel, 2014), petite-fille de George de Latouche, Alsacien, officier d’Etat Major du Colonel de Gaulle en 1939, propriétaire de la demeure qui servit de QG d’où le général Léclerc commanda l’attaque de Saverne et l’assaut victorieux de Strasbourg.

 

  • Marcel Claus, fils d’incorporé de force mort à Tambov en 1944.

 

  • Marlène Dietrich, présidente de « Pèlerinage Tambov », dont le père est mort à Tambov le 3.5.1945.

 

  • Philippe Edel, président de l’association Alsace-Lituanie.

 

  • Dr Georges Yoram Federmann, président du Cercle Menachem Taffel.

 

  • François Fenninger, président du Musée de l’Abri Ligne Maginot, maire de Hatten.

 

  • Paul Finance, enrôlé de force dans la Wehrmacht en Normandie, évadé le 3 août 1943, repris et condamné à mort pour désertion au Kriegsgericht le 2.9.1943 situé à l’Hôtel Continental, rue de Rivoli. Après huit semaines dans la cellule des condamnés à mort à Fresnes, sa peine est réduite à 10 ans de travaux forcés dans un bataillon disciplinaire sur le front russe. Blessé en Ukraine le 4.7.1944 et gracié le 6.9.1944, il retrouve son unité à Müllheim (Bade), puis il muté à Mulhouse d’où il s’évade une deuxième fois, le 21 novembre 1944, pour s’engager dans la 1re Armée Française.

 

  • Elise Fischer, romancière (« Villa Sourire », Calmann Levy ; « Les larmes et l’espoir » écrit avec Geneviève Senger, Presses de la Cité).

 

  • Marie Goerg-Lieby, journaliste.

 

  • Jean-Marie Grunelius, conseiller municipal de Kolbsheim.

 

  • François-Xavier Hartmann, incorporé de force dans la Waffen-SS, division « Reichsführer-SS», dont il s’évade en Toscane le 12 juillet 1944.

 

  • Jean Haubenestel, historien.

 

  • Claude Herold, chercheur qui compte neuf incorporés de force dans sa famille, dont sept ne sont pas revenus.

 

  • Jean Hueber, fils de Jean-Alfred Hueber mort à Morschansk en 1944.

 

  • André Hugel, témoin et historien (auteur de plusieurs ouvrages dont « Entre deux fronts. Les Alsaciens incorporés de force dans la Waffen-SS», Pierron, 2007-2008).

 

  • Marie Janot Caminade, doctorante sur le thème de « La mémoire collective de l’incorporation de force ».

 

  • Chantal Kaiser, nièce d’André Heck, revenu de Tambov à l’automne 1945.

 

  • Eugène Kennel, incorporé de force, chauffeur dans la 1er compagnie du régiment « Der Führer» de la division « Das Reich ».

 

  • Richard Klein, petit-fils de résistant déporté.

 

  • Laurent Kleinhentz, historien.

 

  • Jacqueline Knecht-Mosser, vice-présidente du Souvenir Français – comité de La Robertsau.

 

  • Gérard Laïb, chercheur.

 

  • Bernard Linder, historien.

 

  • Salomé Lux, avocat à la Cour, Paris, fille de Richard Lux, un des défenseurs des Malgré-Nous au procès de Bordeaux en 1953.

 

  • Christine Mann, nièce de Malgré-Nous, Colmar.

 

  • Christiane Mengus, fille d’incorporé de force dans la Waffen SS.

 

  • Nicolas Mengus, docteur en Histoire (auteur de nombreux articles et ouvrages dont « Entre deux fronts. Les Alsaciens incorporés de force dans la Waffen-SS», Pierron, 2007-2008 ; malgre-nous.eu), petit-fils d’un déserteur du Volkssturm, d’un réfractaire à l’incorporation de force, neveu et petit-neveu d’incorporés de force dans la Wehrmacht et la Waffen-SS, proche parent d’un déporté politique.

 

  • Freddy Meyer, chercheur.

 

  • Hubert Meyer, né en 1924, incorporé de force, se rappelle son retour de Tambov, en octobre 1945.

 

  • Marie-France Montavon, au nom de son oncle Julien Pettermann, né en 1919 à Châtenois (Bas-Rhin) et mort à l’hôpital de Kirsanov.

 

  • Simone Morgenthaler, journaliste-écrivain (« Pour l’amour d’un père, les moissons de la mémoire », éditions du Belvédère).

 

  • Angèle Miss-Stéphan, citoyenne française d´origine alsacienne.

 

  • Danièle Neunreiter, fille d’un incorporé de force dans la Kriegsmarine.

 

  • Paul Nüsslein, adjoint au maire de la commune d’Oermingen et président de la Société de Recherche Archéologique d’Alsace Bossue.

 

  • Erica Oster, orpheline d’incorporé de force.

 

  • Walter Oster, orphelin d’un incorporé de force dans la « Das Reich» mort en Normandie.

 

  • Raymond Piela, auteur-graphiste.

 

  • Lise Pommois, historienne de la 7e Armée américaine.

 

  • Bernard Rodenstein, président d’honneur de l’Association des Pupilles de la Nation, orphelins de guerre d’Alsace (APOGA), président de la Fédération des Pupilles de la Nation (FPN).

 

  • Christiane Roederer, présidente de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace.

 

  • Charles Sandrock, fils de Joseph Sandrock, né en 1912 est mort le 9.2.1945 à Tambov.

 

  • Paul Scheeg, fils de Marcel Scheeg, mort à Orscha à l’automne 1945, lors du voyage de retour de Tambov en France.

 

  • Yves Scheeg, ingénieur, à la recherche la tombe de son grand-père, mort pour la France, soldat français (1936-1938 puis 1939-1940), déporté militaire par Hitler (1943-1944) et interné par Staline (1944-1945), mort de malnutrition sur le chemin de la liberté en septembre 1945.

 

  • Joseph Schmittbiel, traducteur et auteur du site hewwemi.net.

 

  • Roland Schmitthaeusler, secrétaire de l’association Orphelins de Pères Malgré-Nous d’Alsace-Moselle.

 

  • Gabriel Schoettel, écrivain, agrégé de Lettres.

 

  • Gérard Schutz, parent de Malgré-Nous mosellans.

 

  • Maryline Simler, documentaliste, co-auteur du livre Lettres de Malgré-Nous.

 

  • Sophie de Sivry, directrice des Editions de l’Iconoclaste, Paris.

 

  • Denis Trierweiler, journaliste.

 

  • Alphonse Troestler, délégué à la Mémoire pour la Région Alsace (2008-2014).

 

  • Etienne Wessang est incorporé de force, à 16 ans, dans le Reichsarbeitsdienst et quitte Ingersheim le 19 novembre 1944 avec 300 jeunes de la région. Il part en Prusse orientale où, peu après, il passe à la Wehrmacht. Engagé au front qui bat en retraite, il traverse les eaux glacées entre la terre et la Baltique. Avec des milliers de civils, il réussit à passer de Pillau au Danemark où ses deux avant-pieds sont amputés. Il rentre à Ingersheim le 5 octobre 1945, il n’avait que 17 ans et 1 mois.

 

  • Philippe Wilmouth, président de l’Association pour la Conservation de la Mémoire de la Moselle en 1939-1945, docteur en Histoire, auteur de « Mémoires parallèles. Moselle-Alsace de 1940 à nos jours. L’annexion de 1940-45 / Les Malgré-Nous / Le procès de Bordeaux », Serge Domini Éditeur, 2012.

 

  • Bernard Wittmann, historien (« Une Histoire de l’Alsace, autrement », 3 tomes, Rhyn un Mosel, 1999 ; « Dictionnaire des communes d’Alsace » en français, allemand, alsacien, Est-Impression éditeur, 2006 ; « Südtirol-Alsace/Elsass – Histoires croisées », éd.Nord Alsace, 2010 ; « Jean Keppi – Une histoire de l’autonomisme alsacien », éd. Yoran Embanner, 2014.

 

  • Astrid Zaessinger-Roth, dont le père est décédé à Tambov en 1944.

 

  • Alain Zielinger, petit-fils, fils d’Alsaciens. Chevalier de l’Ordre National du Mérite