Le 17 septembre 2014, une délégation d’élus alsaciens s’est rendue au palais de l’Elysée afin de remettre à son locataire actuel une pétition contre le projet de fusion des régions initié par son gouvernement.

Je tiens à préciser que j’ai moi-même signé cette pétition. Même si ma confiance en nos représentants évolue, depuis de nombreuses années déjà, dans le domaine de l’infiniment petit, et n’est plus détectable que par un microscope à balayage électronique dernier cri, je n’hésite jamais à soutenir ponctuellement l’un ou l’autre d’entre eux lorsqu’il ou elle se décide à faire un pas dans la bonne direction.

C’est indéniablement ce qu’a fait Jean Rottner, maire de Mulhouse, en rédigeant son texte. Il est même allé jusqu’à nous adresser une lettre, à nous, les 53 000 et quelques signataires, où il écrit – lecteurs sensibles, asseyez-vous, venant de la part d’un élu alsacien la phrase suivante tient du tsunami politique :

Notre belle région (…), peut se suffire à elle-même pour assurer son avenir.

Oui, vous avez bien lu, et c’est un membre de l’UMP qui s’exprime.

Fort bien !

Las !, un détail de ce courriel vient immédiatement calmer mes ardeurs d’indépendantiste enflammé. Il est en effet accompagné d’une photo où l’ont peut voir nos preux tenant une banderole marquée d’un slogan.

Faut-il rappeler ici que le choix des mots, en politique, est capital surtout lorsqu’il s’agit du leitmotiv sous lequel on a décidé d’entreprendre une action ?

Or, en quels termes nos croisés de la plaine ont-ils choisi d’exprimer leur révolte ?

Ont-ils opté pour une formule fracassante en alsacien, afin de signaler radicalement leur opposition à Paris, quitte à joindre à la photo une traduction française lors du partage sur les liens sociaux ? C’est si facile aujourd’hui !

Si non, ont-ils au moins exprimé clairement une revendication concrète ou une affirmation définitive, afin de bien faire comprendre au pouvoir la limite à ne pas dépasser, le ras le bol de la population alsacienne ?

Que nenni !

Face à l’arrogance centralisatrice tenant pointé sur la nuque alsacienne le canon de son 357 magnum, nos chevaliers de la Bredschdell adressent à not’ bon maître une prière !

J’ouvre ici une parenthèse à destination des naïfs persuadés que j’exagère. Je pense notamment à cet argument trouvé à plusieurs reprises sur la toile :

« Quoiqu’il arrive, les Alsaciens auront toujours leurs quetsches et les Lorrains leurs mirabelles. »

Faut-il n’y comprendre que couic au fonctionnement démocratique pour émettre une ânerie de ce tonneau-là !

Dans une région fusionnée, les élus alsaciens seront, selon les cas, trente sur soixante-dix ou quarante sur cent ou cent cinquante. Faites le calcul ! Il leur sera démocratiquement impossible de défendre la moindre particularité alsacienne. Autrement dit, ce sera bel et bien la fin de l’Alsace et ce jour-là, Alsaciens, vous saurez où vous pourrez vous loger vos quetsches !

Je ferme la parenthèse.

J’en reviens à nos desperados du Flammekueche. Le maître a le doigt sur la gâchette, le coup va partir, et eux le prient de bien vouloir ne pas nous achever !

« Ne tuez pas l’Alsace »

Et notez bien : même pas un point d’exclamation ! Ça pourrait froisser notre Néron du scooter !

Chers internautes, sachez-le : vous assistez à une illusion d’optique, les gens sur cette photo ne sont pas debout, ils sont à genoux, les mains jointes et demandent grâce.

Si cette position est éminemment respectable lorsqu’il s’agit d’un fidèle venu se prosterner devant son Dieu, dans le domaine politique en revanche, et surtout face à l’Etat jacobin, elle est idéale pour se prendre un coup de pied au cul qui ne manquera pas de venir, je vous en fiche mon billet.

Alors oui, je serai présent le 11 octobre 2014 place de Bordeaux lors de cette manifestation à laquelle vous, élus, avez appelé. Je viendrai soutenir sans la moindre réserve le mouvement de protestation contre la fusion. Mais je le ferai sans illusion.

Car les socialistes soutiennent cette réforme scélérate uniquement parce qu’hormis les grandes villes, ils ne dirigeront jamais l’Alsace. Seul le grand machin dans l’Est leur laissera une chance.

Et les UMPistes profitent de la vague de mécontentement pour se refaire une vertu. Dès que leur parti aura repris les rênes in Bariss (leur ex-champion repointe déjà le bout de sa Rolex à la téloche), ils rentreront sagement dans le rang, et les belles envolées et les verdammi nochemol! retourneront au placard.

La politique est l’art des compromis disait l’autre, et pour ne pas se faire piétiner les arpions, il faut commencer par taper du poing sur la table et exprimer clairement et fermement sa position. Après, mais après seulement, on discute. Jouer d’entrée de jeu les consensuels vous attribue ipso facto le rôle du cocu dans la pièce qui va se jouer. C’est ce que les élus alsaciens refusent de comprendre depuis des décennies.

Je n’ai qu’un seul slogan à opposer à tous ces tombereaux de couardise :

‘s Elsass brücht Autonomie!!!

l’Alsace a besoin d’autonomie, si elle désire exister encore à l’avenir et ne plus craindre de se faire rayer de la carte d’un trait de plume. Un slogan se doit d’être bref, sinon bien sûr, j’en proposerais un autre :

‘s Elsass brücht e Verfassung!!!

car c’est bien d’une constitution dont a besoin l’Alsace, si elle veut définitivement se mettre à l’abri de l’assimilationnisme parisien.