De l’autonomisme alsacien

De l’autonomisme alsacien

 Bref rappel de Bernard Wittmann au sujet de ce qui différencie Alsace d’abord du mouvement autonomiste alsacien :

 

- NOUS autonomistes, nous pensons que l’alsacianité est non un « inné » mais un « acquis ». On devient Alsacien en baignant dans la culture, la société et plus généralement le cadre alsacien, on ne l’est pas à la naissance : à la naissance, nous sommes tous pareils… des bébés-hommes ! C’est par l’éducation et l’expérience que nous devenons Alsaciens… ou pas ! Et puisque le problème tourne autour des immigrés, disons que c’est à nous, Alsaciens de souche, de faire des immigrés de futurs Alsaciens puisque l’alsacianité est un transmis. Bien évidemment, il faut que nous ayons les moyens d’opérer une telle politique d’intégration et de transmission de nos valeurs, c’est sur ça que doit porter notre revendication. Ce n’est pas en mettant les immigrés sur la touche, en les stigmatisant que nous réussirons leur intégration, au contraire, nous finirions par les retourner contre nous… à la grande satisfaction de Paris sans doute (diviser pour régner).

- EUX pensent que l’alsacianité est un « inné », un héritage quasi génétique apporté à la naissance, qui appartient à la nature de l’être alsacien. Cette vision est évidemment désespérante. En effet, elle ne permet aucun espoir d’intégration de la population immigrée vivant chez nous puisque, pensent-ils, par leur nature même, par leur naissance, ils seraient « génétiquement » différents de nous et donc in-intégrables. Cette vision porte en elle les germes d’un affrontement sans fin.

 

Autre différence : le concept de peuple :

 

- EUX ont une vision « ethniciste »  du peuple, une vision étriquée qui conduit au final à l’enfermement et au rejet définitif de l’autre, ici des immigrés considérés comme « génétiquement incompatibles » avec les caractéristiques ethniques des autochtones. EUX sont sur la défensive et souffrent du syndrome dit « obsidional »: dans un monde de plus en plus ouvert, ils adoptent la stratégie de la « forteresse assiégé »… ce qui les conduit à une impasse.

 

- Tandis que NOUS les autonomistes pensons qu’un peuple se détermine essentiellement « par un ressenti commun, des sentiments affectifs partagés pour une terre, sa culture, sa langue, son histoire. Peu importe l’origine des uns ou des autres s’ils ont pris racine ou le souhaitent. Ce qui compte, c’est qu’ils se sentent Alsaciens et qu’ils aiment ce pays avec son identité singulière et ses particularismes comme étant le leur, qu’ils en soient fiers » (c’est ce que j’écrivais dans un texte de 2014). Les autonomistes entendent par « peuple alsacien » tous ceux, sans exclusive de caractère ethniciste ou religieux, qui vivent avec nous et sont prêts à défendre l’identité de ce pays : ensemble, nous formons le « peuple alsacien » ! Des immigrés, nous devons en faire des alliés pour, ensemble, œuvrer à l’émancipation de l’Alsace ! Cette démarche est la seule qui vaille si nous voulons un jour être en mesure de tirer notre révérence à Paris et prendre en main notre avenir !

 

Et pour revenir au Heimatbund, il faut contextualiser : le problème de l’immigration ne se posait pas alors aux autonomistes. Le clivage scindant les différentes tendances du mouvement autonomiste étaient d’ordre religieux. Il opposait les cléricaux (Volkspartei) d’un côté, aux défenseurs de la laïcité (Fortschrittspartei & Communistes alsaciens) de l’autre ; la Landespartei était neutre dans ce débat.

Le Heimatbund a ainsi réussi la prouesse de tous les rassembler autour de l’idée autonomiste, en reléguant au second plan le conflit religieux, pour permettre la constitution d’un front commun, der Einheitsfront !

C’est l’aile droite nationaliste, antisociale et réactionnaire du camp clérical et la Landespartei, qui à partir de 1934/35 commença à s’orienter progressivement vers une partie des thèses de l’extrême droite allemande (nazis), qui finirent par mettre la Volksfront, dans son ensemble plutôt progressiste, opposée au nationalisme, démocratique et attachée aux doits humains, en échec.

(« Comme progressistes et Heimatrechtler nous sommes décidés à défendre les principes démocratiques » écrit la « Fortschrittspartei » dans un tract de sept. 1933).

 

Bernard Wittmann